L'année dernière, j'écrivais cette lettre et comme je ne me vois pas écrire quelque chose de mieux, je préfère la remettre en l'état... Evidemment, un an est passé...
Cher Loïc,
Je ne sais pas si tu te souviens mais nous nous sommes connus il y 13 ans. A cette époque, tu as 6 ans quand tes parents et ton frère emménagent dans une commune proche de celle où je vis. Tu es né à Bordeaux mais toute ta famille est originaire de Normandie; c'est la profession de ton père, militaire, qui vous oblige toi et ta famille à déménager régulièrement. Bref, ma famille fait la connaissance de la tienne par l'intermédiaire de ton frère et de mes s½urs qui ont le même âge et qui se retrouvent dans la même classe de primaire. Ils ont 10 ans.
Tes parents et les miens entament tout de suite de très bonnes relations qui se transformeront vite en amitié durable.
Nous nous voyons très souvent, régulièrement, presque tous les week-ends. Mes s½urs et ton frère sont inséparables ; toi, tu es le plus jeune de tous (mon frère a 15 ans et moi 16 à cette époque) alors nous te chouchoutons, nous te charrions aussi bien souvent car tu es toujours collé au basque de ta maman. Tout le monde t'aime beaucoup, toi, le petit rouquin, calme, bosseur mais qui sait aussi faire des conneries de temps en temps. Rapidement, tu fais du foot avec ton frère et cela devient une vraie passion. De toute façon, ton frère, tu l'adores et il te le rend bien. Bref, au fur et à mesure des années, on te voit grandir, tu te fais des amis au collège, tu es toujours aussi fan de Nutella que tu manges à la petite cuillère. Nous partons souvent en vacances ensemble, soit au sports d'hiver où tu t'éclates avec mon frangin et le tien sur les pistes noires, soit au bord de l'Atlantique où nous faisons des parties de cache-cache géant dans le camping (oui, j'ai beau avoir 18 ou 19 ans à l'époque, cela m'empêche pas de jouer avec ceux, toi et ton frère, que je considère comme des frangins) ou encore en Normandie où nous réalisons avec mon caméscope des petits films digne d'un Spielberg en grande forme. Quand ton frère a 14 ans, il entre dans ma troupe de théâtre avec mes s½urs, toi tu es encore un peu jeune et puis ça ne te tente pas, tu es trop timide (mais puisque je te dis que ça n'a rien à voir, bordel !).
Et puis soudain, c'est le drame... Ton père est une nouvelle fois muté, on va devoir tous se séparer. On a vu des drames plus graves mais c'est une vraie séparation. Toi et ta famille retournez dans votre Normandie natale, nous, nous restons évidemment dans notre Beauce. Mais c'est dit, nous nous reverrons très souvent. D'abord, toute ma famille ira passer des week-ends en Normandie et vous viendrez régulièrement chez nous pour quelques jours... Oui, c'est vrai, on a du mal à couper le cordon.
Ton frère a une copine, mais toi, on ne t'en connaît pas, tes parents non plus... de toute façon, tu es quelqu'un d'assez secret, pas très bavard pour parler de toi mais bon, je ne critique pas, je suis comme toi. Là-bas, en Normandie, tu t'es inscris dans un club de foot, mais tu n'es toujours pas fan des sorties en boîte, des virées en moto que te propose ton frère ou ses amis; tu fumes pas, tu bois pas ! On pourrait presque croire un petit garçon modèle. Enfin, tu viens régulièrement par chez moi pour revoir tes amis de collège, car maintenant ils ont 17 ans et une bonne partie font partie de la troupe de théâtre que je dirige (et où a joué ton frère).
Encore l'année dernière, fin avril, tu es venu avec tes parents les voir jouer, les voir s'éclater sur scène... Ta timidité est telle que tu leur parles à peine à la fin de la représentation mais le lendemain en discutant avec toi, tu me dis que tu as adoré et que je peux les féliciter de ta part. Tu me dis que tu es pressé de voir ce qu'il feront l'année prochaine.
Quelques jours plus tard, le 18 mai 2004, jour de ma fête, un mardi, tes parents ne peuvent pas venir te chercher au lycée, le meilleur ami de ton frère se propose pour te ramener. En moto. Quelques heures après, on ne sait pas exactement ce qui s'est passé mais une voiture est venue percuter la moto qui te ramenait. Toi et le meilleur ami de ton frère, vous êtes tués sur le coup. Quand je disais qu'il y avait des drames plus graves...
Loïc, cela fait un an aujourd'hui que tu es parti, je me souviens de nos fous rires, de nos jeux à la con, je me souviens aussi de la nouvelle que j'ai du annoncer à mes acteurs qui étaient tes amis, je me souviens de leurs larmes qui accompagnaient les miennes, je me souviens des larmes de mes parents, de mes s½urs, du courage de tes parents, de ton frère qui n'ont jamais (ou presque) baissé les bras. Ton souvenir est encore présent sur la photo au-dessus de mon bureau... Il y aune chose aussi dont je me souviens.. tu vas trouver ça con mais... je me souviens aussi du déclic qui s'est produit dans mon crâne le jour de la messe où l'on t'a dit au-revoir pour la dernière fois, c'est ce jour-là que je me suis dit qu'il fallait que je parle, que je dise qui je suis avant qu'il soit trop tard; l'idée de partir et que l'on découvre qui j'étais après mon départ me fait horreur... alors petit à petit, je progresse, avec toujours une pensée pour toi, pour ce jour où j'ai décidé d'être un peu plus moi. Quelques semaines plus tard, je disais à mon meilleur pote qui j'étais vraiment, puis à deux autre amis, puis en janvier, je créais mon blog pour parler, me libérer, puis j'annonçais encore la nouvelle à 3 autres personnes de mon entourage... L'une des prochaines étapes, c'est la famille et je le ferai, je peux te le promettre.
Voilà, Loïc, j'espère que je t'ai pas trop saoulé, mais maintenant je parle de toi avec le sourire quand je suis avec ton frère, avec mes s½urs, avec tes amis d'enfance... Alors il était temps que je t'écrive pour te dire qu'on t'oublie pas, qu'on t'aime.
ERIC
C'était donc il y a un an, l'accident il y a deux ans.. depuis j'ai avancé encore un peu plus, je ne m'arrêterai pas...