Photo : "Faire l'amour "? Kezako ?
Dans le petit journal de la classe de ce matin, il était question du début du Sidaction, demain.
Grande question ?
Qu'est-ce que le SIDA ?
Tous les élèves ou presque le savent car nous en avons déjà parlé à plusieurs reprises.
L'article que nous avions sous les yeux évoquait le préservatif ?
Question : "Qu'est-ce que le préservatif ?"
Clotilde : Vous voulez savoir où ça se met ou à quoi ça sert ?
Moi – Je veux tout savoir.
Clotilde – Alors ça se met sur le sexe du garçon.
Moi – Oui.
Clotilde – et quand il fait l'amour avec une fille, ça empêche d'attraper le SIDA.
Moi – Oui, avec une fille ou avec un autre garçon...
Clotilde – Oui, enfin avec la personne qu'il aime.
Moi – Voilà.
Anthony – Ben, ça se peut pas !
Moi – Quoi ?
Anthony – Ben, un garçon qui fait l'amour avec un autre garçon !
Plusieurs élèves de la classe montent au créneau : "Ben, si, quand ils sont homosexuels !"
Anthony – Oui, ça je sais, quand ils sont homos, c'est un garçon qui est amoureux d'un autre garçon, on l'a déjà dit plusieurs fois en classe mais ils peuvent pas faire l'amour !
Moi – Et pourquoi ?
Anthony – Ben, parce que... C'est pas possible, quoi !
Moi – Explique nous pourquoi tu penses que ce n'est pas possible !
Anthony – Ben, je sais pas, moi. C'est pas possible, c'est tout !
Je vois qu'Anthony commence à être gêné, non seulement parce que d'autres garçons (dont ils faisaient partis quelques minutes avant) ricanent bêtement dès qu'ils entendent les mots "faire l'amour" ou "sexe", mais aussi et surtout, parce qu'il n'ose pas dire ce qu'il sait de la sexualité entre un garçon et une fille.
Moi – Ça veut dire quoi "faire l'amour" ?
Silence dans la classe. Quelques secondes pendant lesquelles des sourires s'esquissent, des yeux se baissent... Le sujet est sensible.
Clotilde – Ben, c'est quand le sexe du garçon il rentre dans le sexe de la fille.
Les garçons, toujours aussi futés, rient.
Moi (avec ma grosse voix) – Bon, les gars, ça commence à bien faire ! Vous comptez éclater de rire à chaque fois qu'on va prononcer le mot "sexe" ou "amour" dans la classe ?
Ça les calme. Non mais !
Moi – Anthony, tu es d'accord avec Clotilde ?
Anthony – Ben oui. Je le sais ça.
Moi – Mais ce n'est pas seulement ça "faire l'amour"... (Grand silence dans la classe. Une grande interrogation se lit dans les yeux de la majorité des élèves). "Faire l'amour", c'est aussi les bisous, les caresses, les câlins...
Clotilde - C'est tout ce qu'on fait quand on est amoureux, en fait.
Moi – Oui. Et ça ne se passe obligatoirement entre un garçon et une fille. Ça peut être entre deux filles ou entre deux garçons qui sont amoureux.
Anthony – D'accord mais... (silence)
Je sais bien ce qui perturbe un peu Anthony (et certainement d'autres élèves). Pour lui et la majorité des autres élèves, "faire l'amour" se résume uniquement à la pénétration, qui a pour objectif la fécondation. Impossible donc d'imaginer un homme pénétrer un autre homme puisque l'homme n'a pas le vagin qui permet cette pénétration.
Le sexualité reste encore un mystère assez fascinant pour ces gamins entre 8 et 10 ans (l'âge des élèves de ma classe) qui n'aborde pas le sujet à la maison (dixit les élèves).
Un bisou, une caresse, un câlin restent complètement accessibles à l'enfant puisque ce sont des actes qu'ils peuvent voir, alors que la pénétration reste (normalement) une grande énigme que l'enfant (si on lui en parle) ne peut qu'imaginer...
Mais alors, moi, mon rôle dans tout ça ? Là, n'ayant pas réfléchi à la manière d'aborder la chose avec mes élèves, je préfère éluder discrètement la question car je ne me vois pas aborder toutes les techniques de faire l'amour dans un couple homosexuel.
Moi – Anthony, si tu veux on reparlera de tout cela quand on fera la leçon sur la sexualité à la fin de l'année. Vous pourrez poser toutes les questions que vous voulez.
Ça me laissera le temps de chercher comment aborder les réponses...
Nous finissons la discussion en revenant sur le SIDA et en expliquant bien, une fois encore, que pour l'instant, il n'y a que le préservatif qui permet d'échapper à la maladie.
Voilà une des choses que j'aime dans mon métier : des petits moments de classe comme ceux là, qui font réfléchir et les élèves et leur maître...


