Petites têtes blondes - 4

Petites têtes blondes - 4
Photo : "Faire l'amour "? Kezako ?

Dans le petit journal de la classe de ce matin, il était question du début du Sidaction, demain.
Grande question ?
Qu'est-ce que le SIDA ?
Tous les élèves ou presque le savent car nous en avons déjà parlé à plusieurs reprises.
L'article que nous avions sous les yeux évoquait le préservatif ?
Question : "Qu'est-ce que le préservatif ?"
Clotilde : Vous voulez savoir où ça se met ou à quoi ça sert ?
Moi – Je veux tout savoir.
Clotilde – Alors ça se met sur le sexe du garçon.
Moi – Oui.
Clotilde – et quand il fait l'amour avec une fille, ça empêche d'attraper le SIDA.
Moi – Oui, avec une fille ou avec un autre garçon...
Clotilde – Oui, enfin avec la personne qu'il aime.
Moi – Voilà.
Anthony – Ben, ça se peut pas !
Moi – Quoi ?
Anthony – Ben, un garçon qui fait l'amour avec un autre garçon !
Plusieurs élèves de la classe montent au créneau : "Ben, si, quand ils sont homosexuels !"
Anthony – Oui, ça je sais, quand ils sont homos, c'est un garçon qui est amoureux d'un autre garçon, on l'a déjà dit plusieurs fois en classe mais ils peuvent pas faire l'amour !
Moi – Et pourquoi ?
Anthony – Ben, parce que... C'est pas possible, quoi !
Moi – Explique nous pourquoi tu penses que ce n'est pas possible !
Anthony – Ben, je sais pas, moi. C'est pas possible, c'est tout !

Je vois qu'Anthony commence à être gêné, non seulement parce que d'autres garçons (dont ils faisaient partis quelques minutes avant) ricanent bêtement dès qu'ils entendent les mots "faire l'amour" ou "sexe", mais aussi et surtout, parce qu'il n'ose pas dire ce qu'il sait de la sexualité entre un garçon et une fille.

Moi – Ça veut dire quoi "faire l'amour" ?
Silence dans la classe. Quelques secondes pendant lesquelles des sourires s'esquissent, des yeux se baissent... Le sujet est sensible.
Clotilde – Ben, c'est quand le sexe du garçon il rentre dans le sexe de la fille.
Les garçons, toujours aussi futés, rient.
Moi (avec ma grosse voix) – Bon, les gars, ça commence à bien faire ! Vous comptez éclater de rire à chaque fois qu'on va prononcer le mot "sexe" ou "amour" dans la classe ?
Ça les calme. Non mais !
Moi – Anthony, tu es d'accord avec Clotilde ?
Anthony – Ben oui. Je le sais ça.
Moi – Mais ce n'est pas seulement ça "faire l'amour"... (Grand silence dans la classe. Une grande interrogation se lit dans les yeux de la majorité des élèves). "Faire l'amour", c'est aussi les bisous, les caresses, les câlins...
Clotilde - C'est tout ce qu'on fait quand on est amoureux, en fait.
Moi – Oui. Et ça ne se passe obligatoirement entre un garçon et une fille. Ça peut être entre deux filles ou entre deux garçons qui sont amoureux.
Anthony – D'accord mais... (silence)

Je sais bien ce qui perturbe un peu Anthony (et certainement d'autres élèves). Pour lui et la majorité des autres élèves, "faire l'amour" se résume uniquement à la pénétration, qui a pour objectif la fécondation. Impossible donc d'imaginer un homme pénétrer un autre homme puisque l'homme n'a pas le vagin qui permet cette pénétration.
Le sexualité reste encore un mystère assez fascinant pour ces gamins entre 8 et 10 ans (l'âge des élèves de ma classe) qui n'aborde pas le sujet à la maison (dixit les élèves).
Un bisou, une caresse, un câlin restent complètement accessibles à l'enfant puisque ce sont des actes qu'ils peuvent voir, alors que la pénétration reste (normalement) une grande énigme que l'enfant (si on lui en parle) ne peut qu'imaginer...
Mais alors, moi, mon rôle dans tout ça ? Là, n'ayant pas réfléchi à la manière d'aborder la chose avec mes élèves, je préfère éluder discrètement la question car je ne me vois pas aborder toutes les techniques de faire l'amour dans un couple homosexuel.
Moi – Anthony, si tu veux on reparlera de tout cela quand on fera la leçon sur la sexualité à la fin de l'année. Vous pourrez poser toutes les questions que vous voulez.

Ça me laissera le temps de chercher comment aborder les réponses...

Nous finissons la discussion en revenant sur le SIDA et en expliquant bien, une fois encore, que pour l'instant, il n'y a que le préservatif qui permet d'échapper à la maladie.

Voilà une des choses que j'aime dans mon métier : des petits moments de classe comme ceux là, qui font réfléchir et les élèves et leur maître...

# Posté le jeudi 30 mars 2006 08:06

SO-LI-DA-RI-TE

Cher étranger qui débarque sur notre petite Terre et dans notre beau pays pour la première fois, sois le bienvenu.

Tu remarqueras que tu n'as pas choisi le jour le plus adéquat pour atterrir par chez nous... Comme tu le constates, ici c'est le bordel.
Deux secondes, je t'explique.
Vois-tu tous ces gens dans la rue ? Ce sont des manifestants.
Ils sont beaux, hein ? Mais ils sont en colère.
Pourquoi ?
Ils ne sont pas contents parce que leur Premier Ministre a fait voter une loi instaurant un nouveau contrat, le CPE, pour remédier au chômage des moins de 26 ans, et en particulier de ceux qui n'ont pas de diplôme. Ce contrat à durée indéterminée prévoit une période d'essai de deux ans (négociable) pendant laquelle le patron de l'entreprise a le doit de virer son salarié sans explication.
Tiens, regarde :

Lui, c'est Roger, il est instit'. Il a choisi de se mettre en grève, de perdre donc une journée de salaire pour soutenir le mouvement. Il est fonctionnaire, donc lui, la précarité de l'emploi, il connaît pas mais il est solidaire. C'est bien la solidarité.

Elle, c'est Isabelle, elle est contrôleur à la SNCF. Elle aussi est fonctionnaire et elle aussi a décidé de faire grève pour soutenir le mouvement. Elle et ses collègues fonctionnaires vont bloquer quelques trains, vont empêcher des gens de se rendre à leur travail mais c'est pas grave, elle est solidaire avec les jeunes. C'est bien la solidarité.

Lui, c'est Fahrid. Il est étudiant en fac de Lettres. Ça fait un mois et demi qu'il manifeste contre le CPE et qu'il bloque sa fac. Comme beaucoup de ses collègues, il se destine au professorat. Certes, le CPE ne le concernera certainement pas mais il est solidaire. C'est bien la solidarité.

Elle, c'est Caroline. Elle est étudiante en médecine. Elle est farouchement opposée au CPE (même si elle sait que de toute façon, elle sortira des bancs de la fac après 26 ans) mais elle voudrait ne pas rater son année. Tu vois, là, elle essaie de rentrer dans sa fac mais c'est impossible. Comme depuis un mois et demi, elle ne pourra encore pas assister à ses cours. Elle rentre chez elle, pour bosser.

Lui, c'est Jordan. Il est lycéen, il a 16 ans. Il est contre le CPE et il est n'est pas contre quelques heures de cours en moins parce que franchement les cours ça le fait chier. Alors il va manifester. Il dit qu'à la sortie du lycée dans deux ans, il aura une situation précaire à cause de ce CPE. Alors il gueule dans la rue. Il est solidaire. C'est bien la solidarité.

Lui, c'est Damien. Il a 18 ans, il a arrêté l'école à 16 ans, parce que c'était vraiment pas son truc. Il a aucun diplôme, aucune formation. Le CPE, c'est pour lui, mais là, il s'en fout vue qu'à l'heure qu'il est, tu vois, il est en train jeter un extincteur dans une vitrine sous les objectifs des photographes, avant d'aller rejoindre ses potes qui viennent de dépouiller notre pauvre Caroline qui téléphonait à son copain pour lui dire qu'elle n'irait pas en cours "à cause de ces connards qui nous bloque la fac".

Lui, c'est Antoine. Il est CRS, il est là, parce qu'on lui a demandé, c'est son boulot. Il attend les ordres pour charger. Tu vois, là, il vient de se prendre un poteau d'arrêt de bus dans la gueule mais il doit surtout pas répliquer, il attend les ordres.

Lui, c'est Dominique. Il est Premier Ministre. Il voulait faire quelque chose contre le chômage des jeunes alors il a inventé le CPE. C'est en partie à cause de lui que tous sont dans la rue, alors il est bien emmerdé. Il voudrait bien que tout ça s'arrête alors il propose aux manifestants de discuter mais ils veulent pas tant que Dominique a pas retiré son CPE. Mais Dominique, il peut pas trop, sinon, ce serait avouer une faiblesse, ce serait montrer que la France peut pas avancer sans faire descendre tout le monde dans la rue. Dominique, il veut être solidaire avec les jeunes. C'est bien la solidarité.

Lui, c'est Raymond, il a 45 ans. Sa femme l'a jeté, il a plus de boulot, plus de toit. Il dort où il peut dans un duvet, au-dessus des bouches de métro, parce que c'est plus chaud. Tu vois, là, il tend une petite casquette pour qu'un passant lui laisse une petite pièce, histoire d'aller s'acheter un casse-dalle. Devant lui, sur le boulevard, tous ces jeunes, tous ces gens qui défilent, il se dit que ça va être une bonne journée. Il est 22h30. Raymond a récupéré 2,20 euros aujourd'hui. C'est beau à voir toute ces gens solidaires qui défilent. C'est bien la solidarité.

Lui, c'est Jean-Marie. Il dit rien, mais il se frotte les mains...

# Posté le mardi 28 mars 2006 10:41

Télégramme dominical

Télégramme dominical
Dimanche banal – Stop – Ensoleillé et chaud – Stop

Ai passé ma matinée devant très bon spectacle de Gad Elmaleh, prêté par ma soeur (la future mariée) la veille au soir – Stop – Ai ri – Stop – Youpi - Stop

Ai déjeuné – Stop – Miam – Stop

Ai été invité par une amie à aller voir Daniel Prévost à Paris vendredi prochain – Stop – Etais très intéressé par le spectacle – Stop – Bourse à plat – Stop – Ai été obligé de refuser – Stop – Snif – Stop

Ai passé le reste de mon après-midi sur l'ordinateur – Stop – Ai été très inspiré – Stop – L'écriture de la pièce avance – Stop – Hourra – Stop

Ai fini l'après-midi devant Drucker – Stop – Ai beaucoup ri devant Luccini – Stop – Adore les envolées verbales jubilatoires ce type – Stop

Ai diner – Stop – Spaghetti bolognaise – Stop - Re-miam – Stop

Ai passé la soirée devant FBI : portés disparus – Stop – J'adore – Stop – Ai vu deux épisodes – Stop

Suis allé au lit – Stop – Coup de téléphone du soir à mon homme – Stop – Plaisir des oreilles – Stop – Plaisir des mains – Stop – plaisir d'amour – Stop – Plaisir tout court – Stop – Hiiiiiiiiii – Haaaaaaaaaa - Hooooooooo

Dodo

Stop

# Posté le lundi 27 mars 2006 10:06

Modifié le lundi 16 juillet 2007 11:00

SUR-PRISE ! (la suite)

SUR-PRISE  ! (la suite)
Attention !!!!!!!!
Avant de lire cet article, il faut impérativement avoir lu le précédent...

Je me retrouve assis, avec le papier dans une main, mon téléphone dans l'autre ! Nom d'une pipe, si je m'attendais !

Je commence à rédiger un texto sur mon portable : "Petit enfoiré ! Alors tu as cédé à la pression ! Félicitations ! Je suis vraiment heureux qu'enfin tu deviennes mon beau-frère officiel ! Biz"
Envoyer.

Deuxième texto que je rédige dans la foulée : "Félicitations soeurette, tu as réussi à la faire céder ! Je suis trop content ! A ce soir."

Comme je suis invité chez elle le soir-même, je téléphone à mon autre soeur (invitée elle aussi) pour lui demander si on fait quelque chose de particulier. C'est décidé : ma frangine (celle qui a un bébé, pas celle qui se marie donc. Suis un peu !)achètera un bouquet qui fera office de bouquet de mariée et moi, je me débrouille pour trouver deux petits mariés en porcelaine qu'on pose au sommet des pièces montées.

Le soir-même, ma soeur, son copain, son bébé et moi arrivons donc les bras chargés de tous ces petits présents pour féliciter ma deuxième soeur qui donc, le matin même, nous annonçait, avec originalité, qu'elle allait se marier !

Joie ! Bonheur !

# Posté le dimanche 26 mars 2006 05:16

SUR-PRISE !

SUR-PRISE !
Ce matin, je vais chercher mon courrier. Dedans, mon traditionnel TéléStar, un lettre de ma Sécu et une enveloppe assez mystérieuse. Mon adresse entière est tapée à l'ordinateur, et la mention Personnel apparaît en haut à gauche. Mais... pas de timbre. Ce qui signifie que l'enveloppe a été déposée par quelqu'un d'autre que la factrice dans ma boîte aux lettres !

J'ouvre.
Une feuille, de format A5, pleine d'écriture colorée... on voit que l'expéditeur sait utiliser WordArt.
Je lis.
En haut, à gauche : Journée exceptionnelle !
En haut, à droite : le nom de la commune où j'habite !
Premier tiers de la feuille, au milieu : une date en septembre 2007
Deuxième tiers : "Vous avez été sélectionnés pour accompagner un couple à faire le grand saut.."


Là, mon sang ne fais qu'un tour... mais je continue pour confirmer.

Troisième tiers : "Vous pourrez assister aux différents préparatifs, tout au long de l'année à venir : mairie, salle des fêtes, costume, robe, traiteur, musique, déco..."

C'est bien ce que je pensais, mon sang (qui vient de finir son tour) ne s'était pas trompé : on me parle bien d'un mariage.

Petite ligne en bas de feuille : "Pour plus de renseignements, vous pouvez joindre le ....... (un numéro de téléphone)"

Comment ? Quoi ? Pas de nom ? Qu'est-ce que c'est que ce délire ? On me parle d'un mariage! Quelqu'un de mon entourage, pour que je le sache déjà ! Mince alors ! Mais qui ?

Evidemment, je pense à la famille :
Mon frère (28 ans) ? Qui vit seul en Normandie, sa copine étant restée aux States... Pas possible.
Ma s½ur (24 ans) qui a eu son bébé en novembre ? Non, ils sont pas trop pour le mariage. Impossible !
Mon autre s½ur (la jumelle de la précédente) dont le copain ne veut pas entendre parler de mariage ? Impossible aussi...
Merde alors ? Mais qui !

Le numéro de téléphone ne me dit rien pour la bonne raison que je ne les retiens jamais !
Je me précipite sur mon portable, compose le numéro et appuie sur le petit téléphone vert assez longtemps pour que mon téléphone puisse me dire si c'est un numéro qu'il connaît !

Et là.. le nom s'affiche...
Je n'étais pas assis...
J'aurai du...

# Posté le samedi 25 mars 2006 07:55